L’ADUQ a présenté la semaine dernière son mémoire à l’OCPM dans le cadre de la consultation publique sur l’état de l’agriculture urbaine à Montréal.
L’association se réjouit de la qualité du débat public sur la question et estime que les bénéfices de l’agriculture urbaine découlent non seulement du potentiel à alimenter la ville et à réduire la distance entre nos aliments et notre assiette, mais également de la capacité que celle-ci a de contribuer à l’esprit de communauté et au verdissement de nos quartiers. Qu’adviendrait-il de nos villes si on envisageait la production et l’approvisionnement alimentaire comme une priorité en design urbain ?

L’AGRICULTURE URBAINE À L’ÉCHELLE HUMAINE : INITIATIVES CITOYENNES

L’agriculture urbaine pourrait permettre de s’orienter vers un nouvel idéal commun : après l’idéal de la pelouse verte américaine, l’idéal du jardin productif et écologique.

Le temps est venu de passer du jardin d’apparat au jardin potager en s’appropriant les espaces qui sont mis à notre disposition en tant que montréalais : balcons, terrasses, cours arrières, etc.

L’agriculture urbaine comprend un caractère participatif important qui permet à tous et chacun de façonner à sa manière le paysage urbain tout en posant des gestes positifs pour l’environnement. Cette pratique contribue également à l’échelle humaine de la ville et à son appropriation par les citoyens. En appuyant ces pratiques, nous pouvons contribuer à la vie de quartier, encourager l’animation urbaine et l’esprit communautaire.

Urban Orchard, Perth (source : www.perthculturalcentre.com.au)

L’ADUQ considère que cet « empowerment » écologique et environnemental lié à l’agriculture urbaine doit toutefois être appuyé par des ressources d’aide locales (écoquartiers, organismes communautaires, etc). L’ADUQ recommande à la Ville de Montréal de se doter d’un programme de soutien en agriculture urbaine pour la construction d’un savoir spécifique à la situation montréalaise afin d’encourager et encadrer les initiatives citoyennes, tant au niveau individuel que commercial.

L’AGRICULTURE URBAINE À L’ÉCHELLE DU PROJET URBAIN : PLANIFICATION 

Qu’advient-il de la planification de cette pratique par les professionnels de l’aménagement? Les architectes, architectes paysagistes, designers urbains, urbanistes ont le potentiel de repenser nos villes comme des paysages productifs, mais surtout ils ont le devoir d’actualiser les politiques et orientations d’aménagement de la ville pour s’adapter à cette nouvelle réalité.

L’ADUQ estime que la remise en culture des terres peut se faire à différentes échelles et surtout par l’intégration de l’agriculture urbaine sur le territoire urbanisé. Pourquoi ne pas profiter de l’agriculture urbaine pour occuper temporairement des espaces vacants ou en attente de projet ? Ces lieux éphémères deviendraient des espaces habités et productifs du paysage de la ville et contribueraient à la réduction de l’empreinte écologique. L’ADUQ croit, qu’à cet échelle, les outils de planification comme le Plan métropolitain d’aménagement et de développement et le Plan d’urbanisme nécessitent d’être actualisés pour y intégrer de nouvelles orientations d’aménagement.

L’ADUQ propose que chaque arrondissement adopte un Plan local de développement durable et y intègre ses orientations d’aménagement et objectifs en matière d’agriculture urbaine. Les critères et moyens mis en oeuvre pour réaliser ces objectifs seront différents d’un quartier à l’autre et permettront d’utiliser les ressources et lieux disponibles dans les quartiers montréalais.

L’AGRICULTURE URBAINE À L’ÉCHELLE DE LA VILLE : ASPECT IDENTITAIRE

L’ADUQ considère que l’agriculture urbaine devrait également occuper un rôle prépondérant au niveau de l’identité de Montréal. Plutôt que de chercher à bâtir des icônes architecturaux ou à attirer les « starchitects » de ce monde, pourquoi ne pas miser sur l’agriculture urbaine afin de renforcer l’animation de notre ville, l’effervescence de nos quartiers, d’encourager les initiatives individuelles et ainsi faire valoir le titre « ville UNESCO de design » de Montréal ? Pourquoi ne pas allier ce label à celui de « Montréal ville en santé » ?

Nous avons eu droit dans les années 60 au « Montréal voit grand » avec les infrastructures routières, le Stade Olympique, le Casino et Habitat 67, peut-être est-il venu le temps du « Montréal voit petit », une ville où le cadre de vie prime avant tout.

L’agriculture urbaine comme projet de collectivité pourrait certainement être une priorité dans le cadre du chantier « Montréal ville UNESCO de design ». Et pourquoi ne pas intégrer le thème de l’agriculture urbaine à un concours de design urbain montréalais ?

L’« acupuncture urbaine » pourrait être la méthode à privilégier pour introduire l’agriculture urbaine à Montréal. L’acupuncture urbaine est une approche urbanistique imaginée par Jaime Lerner, ex-maire de Curitiba (Brésil), préconisant des interventions pointues, ciblées, qui stimulent des points névralgiques. L’ADUQ considère que Montréal offre un potentiel incroyable en matière d’agriculture urbaine. En effet, les innombrables lots vacants, immeubles abandonnés, stationnements ou aires asphaltées qui ponctuent la ville et qui nuisent à l’image de la métropole pourraient être utilisés à des fins d’agriculture urbaine.

Carte interactive des lots vacants à Philadelphie (source : The Atlantic Cities, “Mapping Vacant Properties to Make Quicker Sales”, 24 mai 2012)

Un plan d’agriculture urbaine pourrait être produit à l’échelle des arrondissements de Montréal. Il s’agirait de prioriser les gestes ponctuels qui adressent les besoins des communautés plutôt que les grands gestes. Cela pourrait prendre la forme de subventions, de mise en place d’un réseau de kiosques pour échanger ou obtenir des conseils sur l’agriculture urbaine, des séances d’information dans les différents quartiers, etc.

Marché solidaire Frontenac, Montréal (photo : Pete & Vegas)

Ainsi, c’est en appliquant les principes de l’acupuncture urbaine que nous pourrons intégrer l’agriculture urbaine à la planification de Montréal. Osons même les mots, parlons d’« agriponcture urbaine » !

L’ADUQ recommande de cibler des secteurs qui pourraient profiter de l’agriculture urbaine selon trois catégories:

  1. APPROVISIONNEMENT – quartiers défavorisés, présentant un indice d’insécurité alimentaire élevé ;
  2. REVITALISATION – Lots vacants, bâtiments abandonnés ou toits plats qui pourraient être occupés de façon transitoire ou permanente par l’agriculture urbaine ;
  3. SENSIBILISATION – Espaces publics, institutions civiques ou organismes communautaires qui démontrent un potentiel pour la production et l’éducation alimentaire (ex: parcs,  écoles, hôpitaux, CHSLD, résidences pour personnes âgées, stations de métro, éco-quartiers, etc)

Nous vous invitons à lire l’intégralité du mémoire disponible sur le site internet de l’OCPM.

rédigé par Maude Ladouceur,
membre fondateur de l’ADUQ

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