Les yeux du monde entier étaient tournés vers Londres lors des deux dernières semaines. Et ce, pour regarder des épreuves impressionnantes, des corps en action, défiant les lois de la nature. Mais derrière cela se trouve beaucoup plus; la ville en entier défie les règles et entame une cure de rajeunissement en mode  accéléré. En moins de 7 ans, la ville se transforme, devenant presque méconnaissable et un nombre effarent de nouveaux bâtiments, d’infrastructures prennent d’assaut la ville.

Il est étonnant, surprenant, mais surtout motivant de voir à quel point cet événement est rassembleur et générateur d’énergie, non seulement pour les athlètes et les mordus du sport, mais également pour les diverses professions de l’aménagement. Tous s’allient contre le temps, mettant en commun leurs efforts et réussissant à construire des ouvrages de tailles, et ce, dans les délais! Assez surprenant quand on pense que des chantiers, pourtant beaucoup moins complexes que ceux qu’on retrouve sur les sites des Jeux Olympiques (JO), prennent plusieurs années avant d’être achevés, et ce, après de nombreux dilemmes, arrêts, accident, phases inachevées, etc. Tant d’énergie sera investie pour seulement deux semaines d’intenses activités, cependant les impacts et retombées, eux, seront durables. La création de plusieurs emplois, mais également un potentiel de redéfinition du territoire et ce, à une très grande échelle, devient possible.  Certains pays voient dans les Jeux Olympiques l’honneur d’être hôte d’un important événement sportif, alors que d’autres le perçoivent également comme la possibilité d’un développement urbain, la construction d’infrastructures permanentes et une revitalisation de la ville.

L’exemple de Barcelone en est la preuve. En 1992, lorsqu’elle accueillit les Jeux Olympiques, la ville en profita pour construire une ceinture autoroutière de 40 kilomètres, qui desservait les 4 pôles Olympiques organisés à intervalle le long de cette nouvelle artère périphérique

Carte de Barcelone. La Ronda encercle le centre de la ville, permettant une circulation fluide en périphérie, afin de limiter la scissure qu’elle créait dans la ville, elle fut recouverte et permit la création de nombreux projets urbains et publics.

 

La connexion par cette autoroute en travée a permis d’englober et de réunir la ville, de la rendre beaucoup plus cohésive et fluide. Par la suite, grâce aux investissements olympiques, le recouvrement de l’autoroute fut possible, améliorant ainsi la connexion entre les quartiers et créant des espaces civiques pour les citoyens.

De plus, Barcelone a profité de l’événement international pour remettre en valeur le Montjuic, petite montagne similaire au Mont-Royal. Légèrement à l’ouest de la ville, un des pôles des installations olympiques se situait à son sommet. La ville a donc mis en place des infrastructures pour en faciliter l’accès. Des escaliers mécaniques, un téléphérique et des aménagements paysagers furent construits sur la montagne qui est maintenant maintes fois plus accessible et appréciée par les Barcelonais. La ville a aussi procédé au réaménagement de sa berge.

Section du recouvrement autoroutier sur la Ronda del mar. Un ‘’bordwalk’’ recouvre les voies de circulation, permettant l’appropriation du front de mer se fragmentant en plusieurs corridors (vélo, piéton et fixe)

 

La revitalisation du bord de mer, la création du Port Olympique, ainsi que du quartier Barceloneta, ont tous grandement contribué au succès des JO et ces lieux sont aujourd’hui très fréquentés par les Barcelonais. La ville a su prendre parti de l’argent investi dans cet événement pour développer les infrastructures qui allaient subsister et être profitables aux citoyens, et ce, après les JO.

Montréal a su faire quelques bons coups, mais peut-être plus dans le cadre de l’Exposition International de 1967. Par exemple, l’infrastructure publique, le métro, ou alors certains pavillons qui accueillent des activités civiques sur l’Île Sainte-Hélène servent encore aujourd’hui et ont bien perduré. Par contre, suite aux JO, la réutilisation des infrastructures, bâtiments et espaces publics fut beaucoup moindre. Les coûts furent élevés et non rentabilisés, traumatisant la ville, et ce même après 35 ans. Par contre, la Régie des Installations Olympiques a procédé dernièrement au réaménagement de l’esplanade où a lieu toutes sortes d’activités depuis le printemps dernier. Cet investissement de 7 millions de dollars mettra en valeur les installations existantes délaissées depuis les années 90 et permettra de créer une nouvelle dynamique dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve.

Esplanade du Parc Olympique, Sun Life

 

L’Île Sainte-Hélène lors de l’Exposition Universelle 67 – Pavillons et infrastructure - Jeffrey Stanto

Londres, quant à elle, a réparti quelques épreuves dans les villes environnantes, mais la majorité des activités sont concentrées dans l’est de la ville, dans le quartier Newham. Cette section de territoire industriel a été assainie et accueille maintenant le Parc Olympique et 10 000 nouvelles habitations. Complètement détaché du centre, on peut se demander si le parc sera viable par la suite. Les Londoniens vont-ils s’y rendent ? Ou verra-t-on un parc déserté, tel le Stade Olympique de Montréal, qui a été délaissé pendant plusieurs années avant les dernières interventions par ailleurs assez récentes?

Nouveau réseau de transport en commun. Localisation du Parc Olympique dans l’Est de la ville

 

Quartier d’habitations pour les athlètes, construit rapidement et massivement. L’aréna de basketball, fait d’acier et de PVC entièrement démontable. Architecte : Sinclair Knight Merz et Wikinson Eyre

Est-ce que les Londoniens vont s’approprier ce quartier? Malgré la pénurie importante de logements, il est à se demander si ceux-ci répondront aux besoins des citoyens, plusieurs craignent l’embourgeoisement, le manque de mixité et l’échelle immense, presque inappropriable de ce secteur d’habitation. Quant aux installations olympiques, certaines seront démontées et réutilisées ailleurs, alors que d’autres converties (75% du budget du parc a été dépensé en fonction de son usage à long terme), mais tout cela reste encore à prouver.

Le paysage post-olympique en est souvent la preuve, des bâtiments déserts, inutilisés, abandonnés, sans aucune maintenance. Par exemple, les JO de Beijing ont détruit des zones entières pour construire des stades, affectant ainsi des quartiers fragiles.

Le bâtiment de volley-ball, de Beijing, en 2008, est maintenant désert et non entretenu

Ceux d’Athènes, de 2004, sont aussi un exemple où les installations olympiques ont été laissées à l’abandon. Les 9 milliards d’Euro qui ont été nécessaires à l’aménagement de la ville pour l’événement sont venus aggraver les problèmes financiers de la Grèce. Espérons que les installations sportives seront sensibles quant aux situations urbaines actuelles, pensons entre autres aux favelas de Rio de Janeiro , là où auront lieu les prochains JO d’été.

Les JO poussent souvent à des décisions hâtives et d’envergure, autant selon l’échelle du territoire que celle des quartiers. Les villes devraient penser à long terme et non pas seulement au développement durable, mais également à la viabilité et à l’évolution de leurs interventions dans le tissu urbain. Ce type de réflexion et de planification est cruciale, les JO peuvent être un catalyseur de redéfinition urbaine, mais d’autres événements le font également, tels que les expositions universelles, les grandes fêtes (400ème) ou alors les grands événements culturels.

À ce jour, plusieurs villes accueillent les JO pour une deuxième fois. Elles construisent à nouveau des stades, bâtiments et terrains de sport qui se veulent des icônes visuels et architecturaux. Ne serait-il pas davantage favorable de réutiliser les infrastructures existantes et de plutôt utiliser l’argent disponible pour améliorer l’accessibilité  à ces sites ou alors leur cohérence dans la ville? Des traces sont laissées après les JO, parfois des lignes conductrices, d’autre fois des cicatrices selon les villes. Une des pistes à suivre est probablement la réutilisation et l’amélioration des installations existantes, ou alors des installations démontables, transportables, qui pourraient être déplacées d’un pays à l’autre. Une structure sportive versatile, éphémère et amovible voyageant, utopie peut-être pas…

 

Rédigé par Christine Robitaille, membre du C.A. de l’ADUQ

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