Le 15 novembre 2012, l’ADUQ déposait son premier mémoire de consultation publique dans la Capitale, concernant le Programme particulier d’urbanisme (PPU) pour le plateau centre de Sainte-Foy, représentant  l’un des plus grands projets urbains actuellement en cours au Québec. L’étendue du site est comprise entre les autoroutes Henri IV et Robert-Bourassa, les boulevards Laurier et des Quatre-Bourgeois, en plus du secteur des ponts. Devenu principal pôle de destination de la région métropolitaine de Québec et riche d’une concentration d’activités ayant un poids de plus en plus important, la Ville projette pour le secteur un programme impressionnant comprenant l’implantation d’un tramway, l’ouverture de nouvelles rues, la création d’espaces publics significatifs, la construction de milliers d’unités d’habitation et d’innombrables espaces commerciaux, l’aménagement d’un marché public ouvert à l’année, d’un anneau de glace olympique couvert, etc. Déjà, le paysage de cette banlieue d’après-guerre s’est passablement transformé sous l’effet d’une pression immobilière bien entamée dans les dernières années. La forte attractivité du plateau de Sainte-Foy pousse cette entrée de ville à jouer un rôle de plus en plus central à Québec.

Dans ses orientations et objectifs d’aménagement, la Ville de Québec souhaite par ce PPU «faire du plateau centre de Sainte- Foy un lieu vivant où la qualité de vie prédomine et que les citoyens s’approprient, en aménageant l’espace public de manière à créer un environnement enrichissant, agréable et aux qualités dignes d’un réel centre urbain, en créant des lieux publics propices aux rassemblements et en concevant les nouveaux aménagements et bâtiments dans le respect de l’échelle humaine et du confort climatique du domaine public.»[1] L’ADUQ salue cette volonté et est consciente du défi à relever dans cet environnement principalement conçu en fonction de l’automobile et de considérations fonctionnalistes. Conjugué à des années de planification par le zonage et la compartimentation systématique, le plateau centre de Sainte-Foy est devenu un milieu relativement aseptisé, sans véritable continuité urbaine et ne favorisant pas l’appropriation par sa population de plus en plus nombreuse. Dans son mémoire, l’ADUQ a suggéré un certain nombre de pistes que le PPU pourrait suivre dans la poursuite des objectifs que la Ville s’est fixés.

En premier lieu, l’immense territoire couvert par le PPU souffre actuellement d’un manque flagrant de connectivité qui nuit considérablement à sa lisibilité. Marqué par un historique de lotissement conçu en fonction de grands propriétaires institutionnels, la présence de méga-ilots est omniprésente, faisant en sorte que de nombreux sous-secteurs du plateau n’existent tout simplement pas dans l’imaginaire collectif. Friches et champs expérimentaux côtoient actuellement de façon schizophrénique des tours d’habitation et les artères congestionnées de Sainte-Foy. L’ADUQ estime que le PPU est une occasion rêvée pour révéler d’immenses réserves foncières qui, espère-t-on, se transformeront en un centre urbain dense et à échelle humaine. Pour ce faire, la rue ne doit surtout pas être conçue comme une simple allée de service, en vase clos et culs-de-sac, desservant individuellement chaque nouveau développement immobilier. La nouvelle trame de rues suggérée dans le PPU laisse pourtant présager que les secteurs présentant le plus grand potentiel de développement sont conçus de façon à éviter le transit automobile, même local et à vitesse modérée. Nous estimons pourtant que pour atteindre les objectifs d’urbanité fixés et assurer un développement harmonieux et perméable, les nouvelles rues qui seront le support de la ville de façon définitive devraient être planifiées de façon à assurer au maximum la connectivité entre les différents secteurs du quartier pour renforcer sa lisibilité.

En second lieu, la conception de la voirie et des espaces publics est un autre thème sur lequel l’ADUQ a souhaité mettre l’accent dans son mémoire. Au Québec et à travers le monde, de nombreux exemples prouvent qu’un langage approprié dans le design de l’espace public est capable de favoriser la cohabitation entre piétons, cyclistes et automobilistes tout en créant un espace urbain plus harmonieux. Présentement axé sur une opposition constante entre piétons et voitures, un changement de paradigme est nécessaire à Sainte-Foy. D’ailleurs, les consultations publiques de novembre ont démontré que certaines rues du plateau sont déjà inconfortables pour leurs usagers. Bien qu’évoqué dans les orientations d’aménagements, la convivialité souhaitée dans les réaménagements futurs de l’espace public ne peut pas passer par un cloisonnement entre la circulation automobile et les modes de transport actifs comme le suggère le PPU. Puisque la voiture continuera à faire partie de la ville de demain, l’ADUQ se demande si la solution aux problèmes actuels de sécurité et à l’aménagement de nouvelles rues ne se trouve pas plutôt dans l’arrimage des modes de transport et dans leur intégration par des solutions de design urbain qui faciliteraient la négociation entre les modes de transport. Pourquoi ne pas imaginer la rue autrement ?

En dernier lieu, dans ses objectifs d’aménagement, le PPU met l’accent sur le potentiel de création d’une image de marque par l’architecture des bâtiments et par l’aménagement urbain. Dans son mémoire, l’ADUQ recommande une étude et une planification de l’architecture projetée, non seulement en vitrine sur le boulevard Laurier et dans le secteur des ponts, mais aussi à l’intérieur du quartier voué à se consolider. Peu de critères qualitatifs ressortent du document de présentation du PPU au niveau entre autres des typologies projetées. L’architecture de tous les projets soumis au territoire du PPU mérite pourtant une réflexion intégrée. L’aménagement de l’espace privé et sa relation avec l’espace public auront une incidence majeure sur l’image de la ville et son appropriation par ses résidents. La Ville de Québec devra dans les prochaines années prendre soin de définir de bons critères afin d’évaluer les projets soumis. Elle devra aussi agir à titre de maitre d’œuvre quant à l’implantation d’espaces publics stratégiques, conçus de telle manière à créer des lieux polyvalents, fonctionnels et symboliques et ainsi contribuer à l’animation et à l’intensification du quartier. L’ADUQ suggère l’organisation de concours de design urbain à petite et moyenne échelle pour certains sous-secteurs plus névralgiques ou encore voués à une transformation plus profonde. En effet, si l’on souhaite vraiment donner à Sainte-Foy une image urbaine de marque, la conception du quartier ne peut pas se limiter au zonage et devrait prendre racine dans une approche globale de design urbain, incluant l’apport interdisciplinaire de l’architecture, de l’architecture de paysage et de l’urbanisme.

En résumé, en harmonie avec les intentions évoquées dans son PPU, l’ADUQ espère sincèrement que la Ville de Québec prendra soin de concevoir et d’évaluer de façon sensible les projets qui découleront du nouveau cadre règlementaire. Le design de l’espace publics et la conception de la ville en trois dimensions sont selon l’ADUQ essentiels pour orienter l’aménagement de ce centre-ville en devenir. Finalement, la participation de la communauté dans les processus d’aménagement est un exercice qui enrichit fortement le débat. À propos des conseils de quartiers, l’ancien maire Jean-Paul L’Allier disait d’ailleurs dernièrement ceci : « C’est la micro-démocratie (…) qui est la clé de tout. On est mieux de prendre deux ans de plus à faire un projet qui nous tient à cœur que de l’imposer au gens de manière à ce qu’ils se mobilisent contre.»[2] Le développement de la ville s’appuie largement sur la fierté des gens qui l’habitent et leur sentiment d’appartenance. Si on ne pense pas la ville d’abord en fonction des humains qui y vivent et que le leadeurship vient uniquement des planificateurs ou promoteurs, l’arrimage entre milieu de vie et développement immobilier demeurera difficile.

rédigé par Martin Paré,
Membre fondateur de l’ADUQ

 

Source Images 1, 3, 4  : Sainte-Foy, ADUQ

Source image 2 : 2011. Une nouvelle vision pour le Plateau centre de Sainte-Foy : colloque sur l’innovation. PDF 78 pages. En ligne. <www.ville.quebec.qc.ca> Consulté le 3 novembre 2011. Image = p.21

Source photo 5 : New Road, Brigton, Angleterre – Gehl Architects. En ligne http://gehlarchitects.files.wordpress.com/2010/06/new-road-2.jpg

Source photo 6 : Borneo Sporenburg, Amsterdam, Pays-Bas, ADUQ


[1] PPU

[2] Radio-Canada. 2012 (25 octobre). «Discussion sur le design urbain avec les maires L’Allier et Ferrandez.» < http://www.radio-canada.ca/emissions/medium_large/2011-2012/chronique.asp?idChronique=252472 >

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