Aprés la première partie de cet article/entrevue, nous continuons l’entrevue de Roger Latour et concluons sur le modèle de gestion du parc sauvage « le Champ des Possibles ». (partie 1)

En Juin dernier, Francis Hallé dans le plaidoyer pour l’arbre qu’il tenait à l’espace pour la vie de Montréal, nous disait qu’il se demandait si tout le monde aimait les arbres. Mandela disait à Robin Island « Je suis en prison mais mes plantes sont libres » en revanche Ronald Regan en apprenant qu’un arbre tropical produisant une molécule toxique, a dit quant à lui: « j’en était sur les arbres polluent autant que les 4×4″. Francis Hallé son ouvrage « Du bon usage des arbres -un plaidoyer à l’attention des élus et des énarques »(2002) à la main, disait à une salle pleine qu’il était scandalisé et stupéfait par la nullité des élus en matière de connaissance du végétal en ville.

Il rappelait aussi qu’un arbre était constitué essentiellement de polluant atmosphériques collectés « Une véritable usine d’épuration gratuite ».

haie biodiverse - Roger Latour

haie biodiverse – Roger Latour

reprise de l’entrevue avec Roger Latour

5. Naturalisme en ville

En quoi l’asphalte le béton ou les bâtiments, constituent-ils des habitats particuliers? Existe-t-il des espèces nées de ce milieu? Comment pratiquez-vous le naturalisme en ville?

 Le recensement du savoir et des espèces établies dans la grande région de Montréal est une des humbles missions que mon blogue a rencontrée. Je ne sais si on peu mettre ville et nature en concurrence, après tout qui ou quoi définit que l’un vient sans l’autre, la ville est un environnement comme un autre, même dans les déserts on observe la nature.

Hormis les espèces inféodées au trottoir, il existe une grande diversité de végétaux en ville. Mais  tout comme l’ornithologie, la botanique se pratique en communauté. Car les arbres aussi voyagent et se cachent.

Plus concrètement on ne peut prétendre recenser seul toutes les espèces. Le grand jeux de la taxonomie c’est la somme de tout plein de petit savoirs. Sans mise en commun la vision d’ensemble est moins bonne.

En Amérique du Nord, les ouvrages botaniques et les sociétés de recensement sont moins prolifiques que sur le vieux contiennent. Mais L’accès aux sources d’informations exhaustives avec lesquelles je travail me ravis (encyclopédies et sites de partage d’information). En ligne et sur le terrain la réceptivité est immense, on découvre autant au sein de la communautés d’avertis que lors de recherches. Beaucoup de simples lecteurs me font aussi part d’observations parfois très fines.

Aux espèces indigènes et naturalisées, qui font l’unanimité, se rajoutent des hybrides et des spécimens dont la provenance cache souvent d’étonnantes histoires. Je me passionne par cycles et approfondie au grès des découvertes ma connaissance des différentes espèces: les Ormes, les Fresnes, un Chicot Févier du Kentucky, des variétés particulières d’arbres fruitiers, le gout de la faune pour un fruit, ect. Découvrir une espèce naturalisé en ville donne souvent lieu à des recherches qui mêlent l’histoire humaine et urbaine aux végétaux.

Planche botanique  Roger Latour

Planche du guide de Roger Latour sur laquelle figure des spécimens du CDP

6. Canopée, rang d’ognon, fosses et sauvageons

La ville propose des « plans de canopée » dans le développement ou la revitalisation de secteurs en conversion. Dans ces plans figurent le plus souvent des rangées d’arbres plantés sur rue en rang d’oignon ou des vues satellitaires des zones vertes. S’agit-il d’une façon de faire trop basique ? Pensez-vous que les sauvageons de clôtures (parfois matures et remarquables) et les haies devraient faire l’objet d’un recensement ? Cette autovégétation urbaine représente-t-elle une alternative intéressante au tout en fosse ? Cette façon de faire apporterait-elle diversité et richesse à nos villes ?  

Plus que la notion de sauvage, ce sont les notions de diversité et de continuum génétique du végétal lié à l’humain qui ont le plus de sens. Les arbres qui étaient là avant la fondation des villes, ceux qui ont été introduits et d’autres presque « domestiqués ».

J’ai en tête le peuplier noir importé d’Europe. Disparu des rangs devenus rues, il renaît par endroits au gré d’un rejet ou d’une germination. Un temps très populaire à Montréal, cet arbre que l’on appelle aussi le Peuplier de Lombardie se caractérise par une variété de formes selon son contexte de croissance. Il donne des impressions de campagne italienne, de civilisation, de bordure de grande propriété. On le reconnaît facilement sur des aquarelles d’époque.

Comme sur cette lithographie, reproduction fidèle d’une aquarelle de Joseph Bouchette (1774-1841) cartographe et Lieutenant-Colonel Québécois.

Montreal 1830 - Joseph Bouchette (1774-1841)

Montreal 1830 – Joseph Bouchette (1774-1841)

Le choix de cette espèce est un geste culturel, qui ne s’explique pas seulement par la croissance rapide de ces arbres. Voila ce qu’on entend par continuum génétique végétal lié à l’humain.

Pour ce qui est de l’arbre en ville, j’avoue que vue des yeux d’un naturaliste, il est parfois très étrange de voire que la quasi-totalité des arbres produits et plantés soit de la forme « sur tige ».

En s’inspirant de l’entretien exceptionnel dont bénéficient certains arbres matures de nos villes (hauban d’équilibrage, élagage, etc.), on pourrait imaginer d’autres formes et d’autres options au service de la diversité. J’ai en tête par exemple les conifères en bac de béton sur la rue Duluth. Bien qu’étant les seuls ilots de verdure dans un espace à prévalence minérale ils apportent un caractère particulier à cette rue et un refuge intéressant aux oiseaux.

Fin de l’Entrevue.

Roger Latour continue son oeuvre au champs des possible, n’hésitez pas à venir y preter une journée.

Il semble que l’on considère de plus en plus l’ensemble du végétal en ville comme un modèle d’écosystème, mais les applications institutionnelles de ces théories tâtonnent encore.

Roger Latour caractérise la végétation en ville comme un bocage, constitué de haies. Pour des designers urbains, ces macrohaies urbaines (aussi biodiverses que leurs équivalentes champêtres) constituent une unité intéressante. À la fin de cette entrevue, on se prendrait presque à imaginer une gestion intégrée du végétal en ville: Une exploitation des haies urbaines, dans le but d’apporter un complément de diversité au choix restreint de cultivars de pépinières fournissant les villes.

Pour l’heure, l’expérience du Champ des Possibles représente un intrant sans pareil dans les habitudes végétales de l’arrondissement et de la ville, et un changement de mentalités radical, l’avenir du champ nous réserve donc encore des innovations.

Puisque le savoir-faire associé à l’encadrement de la friche (presque une philosophie) est absent de la structure classique de projets d’aménagements, la gestion s’effectue fréquemment par l’intermédiaire d’organismes dont la localité respecte les compétences. Hormis l’implication communautaire, le principal défi de ces parcs, d’apparence plus sauvage, réside donc dans la cohabitation des savoir-faire au sein de la gestion municipale.

Partout ces expériences se révèlent être d’intéressants leviers de développement des compétences : en sciences sociales, en gestion, en botanique, et en aménagement, permettant un rayonnement urbain sur plusieurs plans. À New York (ville d’exception), la High-Line fut même un vecteur de développement des affaires et des arts, des sociétés de bienfaisances s’y impliquent annuellement en centaines de milliers de dollars.

Collage de portraits - friends of the High Line

Collage de portraits – friends of the High Line

L’aspect communautaire des initiatives de parcs en autogestion met souvent en relief la somme des individus se mobilisant pour entretenir ces sites. Certains arguments avancent que les localités ne disposent pas de ressources comparables, et que les coûts de telles formules se révèleraient trop élevés si des villes en prenaient seules l’initiative.

Pourtant, en comparaison des moyens nécessaires à l’entretient d’un parc classique (gazon à tondre, parterre de fleurs annuelles à planter, feuilles mortes à ramasser, arbres matures à élaguer, arrosage, compostage et engrais, etc.), les moyens d’un organisme d’autogestion sont souvent plus restreints. Et c’est le recours à des solutions novatrices et originales qui compense le manque d’équipement. Il s’agit avant tout de bonnes idées plutôt que d’un nombre de bras de bénévoles.

Rien n’établit donc que les services d’entretien d’une ville ou les prestataires qu’elle contracterait feraient de ces parcs des gouffres financiers.

L’apport de la formule en sous-gestion représente pour les villes une opportunité sans pareil d’intégrer des innovations. La formule remplace à elle seule des solutions couteuses et parfois moins productives comme la formation, le recours à des ressources externes, ou la refonte de services. Loin d’encourager une simple réduction des prestations, le modèle participatif de gestion, transforme un investissement d’argent public en modèle de développement pour les entreprises qui y prêtent attention, ainsi qu’un sens d’appartenance aux formules d’aménagement qui y sont retenues.

Voici peut-être un élément de réponse supplémentaire à la question: qu’est-ce qu’une Réglementation municipale proactive? Une question bienveillante que la commissaire de l’OCPM Mme Irène Cinq-Mars (ancien professeur émérite de l’école d’architecture de Paysage de l’Université de Montréal) adressait à l’ADUQ dans le cadre de la dernière consultation publique qui traitait du Plan de Développement de Montréal. Réglementation pro-active, ou interdit d’interdire le principe de bienveillance citoyenne est un peu le même. Il s’agit de permettre à un désir collectif d’aménagement de se développer dans une forme mature et constructive avant d’y opposer des restrictions ou des interdictions; Qu’il s’agisse de potagers en avant de pavillons résidentiels (comme interdit à Drummondville), de nourriture de rue au Québec (récemment ré-autorisé à Montréal), ou de la prochaine friche transformée.

Prés du Lot 2334609 - Christine Préfontaine

Prés du Lot 2334609 – Christine Préfontaine

D’un point de vue moins théorique, pensons aux bénéfices du Champ des Possibles cette année : — les enfants y ont côtoyé les sciences naturelles, — les étudiants, les artistes, les spécialistes y entreprennent des recherches, — plus largement, la communauté s’y est investie et en a tiré une expérience sociale enrichissante. — des associations y ont tenu des événements — et des entreprises y ont trouvé l’inspiration.

Le mode de gestion de ce parc, intégrant des préoccupations sociales et pédagogiques, est constitutif de la spécificité de l’aménagement québécois de tradition participative. La mutation de cette friche en parc public d’un nouveau genre est en ce sens une riche contribution.

La version du printemps 2014 du parc accueillera de nouvelles essences d’arbres, plantées juste avant l’hiver et un couvert toujours plus biodivers. Quant à la contamination, un mot qui désigne ici d’anciennes traverses de chemin de fer, les restes d’un quai, et tout ce que laissent les trains derrière eux d’huile de rouille et d’hydrocarbures, je citerais un père qui parlait à ces enfants « le champ pousse sur les toilettes des trains de marchandises « . Et c’est là peu être encore un des bénéfices de ce parc, qui réussit à nous mettre en lien avec un passé industriel. Là où des clôtures percées nous tiennent habituellement à distance de la mémoire de nos villes et de lieux devenus dangereux où les enfants vont parfois jouer.

Kevin Gregoire

Références et liens: Francis Hallé, Du bon usage des arbres -un plaidoyer à l’attention des élus et des énarques, 2002 Roger Latour, Guide de la flore urbaine, éd. Fides, avril 2009 Giles Clément, « La friche apprivoisée » dans Urbanisme no 209, septembre 1985 Giles Clément, Manifeste pour le Tiers-paysage, éd. Sujet Objet, mai 2004 Joshua David & Robert Hammond, High Line: The Inside Story of New York City’s Park in the Sky, éd. FSG originals, octobre 2011 Henk Gerristen & Piet Oudolf, Dream Plants for the natural garden, éd. Frances Lincoln, juillet 2011 http://amisduchamp.com http://floraurbana.blogspot.ca http://www.pousses.blogspot.ca

http://espacepourlavie.ca/francis-halle

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