Depuis quelques années, la Ville de Montréal multiplie les efforts pour être une ville plus verte; Complexe environnemental St-Michel, ruelles vertes, collecte de matières organiques…En même temps, on remarque que la production de déchet par les Montréalais, annuellement, se situe à 550 kilogrammes[1]. À titre comparatif, le Bostonnais moyen produit 395 kg par an[2] et le Torontois, 362[3]. Les disciplines du design peuvent-elles adresser cette situation et contribuer à améliorer les habitudes des ménages montréalais par des interventions dans le domaine public?

Il y a un an à peine, le maire Applebaum (maire de la métropole du 16 novembre 2012 à 18 juin dernier) lançait Montréal dans un chantier de construction de grands équipements de compostage ; un centre de biométhanisation et une usine de prétraitement à Montréal-Est, un centre de compostage dans l’arrondissement de St-Laurent, un autre dans Villeray – St-Michel – Parc Extension et un dernier centre de biométhanisation à LaSalle. Ces équipements, qui devraient être opérationnels entre 2016 et 2020, accueilleront et valoriseront plus de 200 000 tonnes de matières qui, autrement, seraient enfouies. C’est une grande décision, sachant qu’actuellement, les matières organiques montréalaises sont traitées dans la municipalité de Bury, près de Sherbrooke (200 kilomètres), à Lachute (70 km) ou à St-Thomas, près de Joliette (70 km).

Ces grands équipements seront approvisionnés par les résidus collectés dans nos bacs bruns qui, d’ici 2020, devraient être disponibles sur tout le territoire montréalais. Déjà, certains arrondissements, dont Rosemont – La Petite-Patrie, Villeray – St-Michel – Parc Extension ou Côte-des-Neiges – Notre-Dame-de-Grâce ont expérimenté avec des projets pilotes. Il s’agit d’une stratégie de gestion des matières résiduelles similaire à celle empruntée par San Francisco au tournant des années 2000. Rappelons que la ville californienne, véritable modèle d’efficacité en gestion des déchets, vise un enfouissement nul d’ici 2020[4].

Alors que toute cette démarche semble être une bonne nouvelle pour le Montréalais moyen qui verra une moins grande proportion de ses déchets être enfouis, une problématique de design émerge. Pour la première fois de l’histoire montréalaise, la situation où des résidents auraient plus de journées de collecte, dans une semaine, que de journées de reste, pourrait survenir. Comment peut-on aborder ce problème?

Plusieurs bénéfices devraient être intégrés à un prospectif projet. D’abord, le projet devrait contribuer à améliorer les habitudes de consommation des Montréalais et ancrer dans les habitudes le tri des matières organiques. À titre d’archétype intéressant, l’initiative Hello Compost à New York[5]. Imaginé par deux étudiants de l’École de design Parsons[6]Hello Compost invite les ménages à trier leurs matières compostables pour les ramener au marché et les échanger contre des fruits ou légumes frais. Les matières organiques sont donc réutilisées par les producteurs et le projet contribue à ancrer des habitudes plus durables chez les utilisateurs.

Autre bénéfice recherché, l’optimisation du modèle de collecte montréalais, organisé autour de trois ou quatre collectes par semaine. Une situation telle que décrite précédemment est-elle acceptable pour les citoyens de l’île? Sachant qu’il existe une corrélation entre la propreté de nos rues, la fréquence et le type de collecte[7], est-ce le moment, pour Montréal, de changer le paradigme de la cueillette des déchets?

Cet article n’est qu’un court prélude à une problématique ayant ses fondements à de multiples échelles pour la ville. Comme quoi le design existe même dans les détails les plus anodins de notre urbanité.

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CVSD-2Source : Mikael St-Pierre


[1] Direction de l’environnement et du développement durable. Plan de gestion des matières résiduelles de l’agglomération de Montréal 2010 – 2014, Ville de Montréal, 2009, 112 pages.
[2] Green Boston. A Climate of Progress – City of Boston Climate Action Plan Update 2011, Ville de Boston, 2010, 44 pages.
[3] Alcoba, Nathalie. GTA gets mixed marks on environment group’s report card, National Post, 31 janvier 2011.
[4] Yepsen, Rhodes. Food Waste Diversion Promoted On The Street, BioCycle, Mars 2009, page 18.
[5] Breene, Sophia. Urban Compost Program Turns NYC Food Scraps Into Fresh Produce, Greatist, 18 Juillet 2013. Disponible au http://greatist.com/health/green-city-urban-composting-trend
[6] http://www.newschool.edu/parsons/
[7] Guinchard, Christian, et autres. Concertation et coproduction de la propreté des rues, Université de Franche-Comté, 2013, 184 pages.

rédigé par Mikael St-Pierre