Le 10 février dernier, Espace pour la vie lançait un concours international d’architecture dans le but de remettre au goût du jour ses pavillons en vue du 375e anniversaire de la Ville de Montréal en 2017. Trois grands projets sont au cœur du concours : « la métamorphose de l’Insectarium, le renouvellement du Biodôme et la construction d’un nouveau pavillon de verre au Jardin botanique »[1]. En regard du projet du Planétarium Rio Tinto Alcan, encore très récent, y a-t-il des enseignements faisant défaut à ce nouvel appel à projets?

ESP-1Plan de l’Esplanade olympique (Source)

Avant même les premières esquisses de l’aménagement du quadrilatère connu aujourd’hui comme étant le Parc olympique, au dire du comité-conseil responsable de son avenir, le dessein était d’ores et déjà celui d’en faire un lieu consacré aux loisirs et aux sports. La venue des Jeux olympiques en 1976 offrit le prétexte pour la concrétisation de cette vision, ensuite, dans les années 90, sa programmation récréative fut enrichie par l’arrivée du mouvement Espace pour la vie au sein de ses infrastructures. Espace pour la vie est un projet cherchant à conscientiser la communauté sur l’impératif de protéger la biodiversité, cela, en offrant une large plate-forme éducative liée aux sciences naturelles.

L’esplanade bétonnée de ce territoire, témoin du courant moderne des années 70, adoucie par les formes arrondies du Stade olympique et, plus récemment, par l’intensification périphérique des espaces verts, regagne depuis peu l’appréciation du public. Assurément, ce lieu longtemps négligé des Montréalais retrouve tranquillement son lustre grâce à la présence d’Espace pour la vie. Le Planétarium Rio Tinto Alcan, dernier-né du mouvement, devait notamment contribuer à la reconsolidation de l’ultime déchirure de l’esplanade olympique, c’est-à-dire l’espace recouvrant le stationnement souterrain qui, en surface, articule le Stade au Biodôme. Ce défi d’intégration, l’une des prémisses du concours architectural organisé pour l’attribution du mandat de conception, fut-il atteint?

ESP-2Vue aérienne de l’esplanade olympique (Source)

L’insertion du complexe est en totale symbiose avec l’espace fracturé à la matérialité brute qui lui préexistait, les aménagements intérieurs reposent sur les multiples nivelés qui caractérisaient le lieu. Le désert bétonné donne aujourd’hui place à une promenade extérieure de qualité, un parcours tout en mouvement offrant des points de vue sur les espaces verts à proximité ainsi que sur les infrastructures olympiques. De plus, il permet aux passants d’apprécier l’effort d’intégration d’un toit vert au planétarium dont l’une des sections est accessible aux usagers comme aire de détente, une fonction dont ont largement profité les usagers durant la période estivale 2013. Plus qu’un lieu de passage, c’est aujourd’hui un lieu appropriable pour les visiteurs, mais aussi pour les travailleurs ainsi que pour les habitants du quartier. Les mois d’hiver ne furent pas laissés en reste, des projections sur les cônes du bâtiment, éléments architecturaux singuliers de la construction, animent nos soirées depuis quelques semaines déjà.

Le monde spatial étant facilement assimilable à un monde de fiction par son inaccessibilité et son incommensurabilité, dans le but de reproduire cette impression fantaisiste, les concepteurs désiraient une architecture au design piquant l’imaginaire. Les deux cônes tronqués du bâtiment représentent la longue-vue, un élément permettant aux terriens l’accès aux cieux d’une façon symbolique. Le choix de cette forme géométrique, tout comme l’aménagement sinueux des promenades ainsi que le revêtement extérieur des cônes, accentue ce vœu d’associer une atmosphère ludique à ce lieu. Toutefois, ce choix d’un parement en aluminium, à la fois un clin d’œil au commanditaire principal, Rio Tinto Alcan, est douteux.

ESP-3Esquisse conceptuelle réalisée par Cardin, Ramirez & Julien (Source)

Nul doute, cette peau scintillante participe à l’unicité du bâtiment, mais, à mon sens, cela génère un paysage insolite brisant l’identité visuelle du Parc olympique. Le cinéma Starcité implanté à proximité, avec un design architectural (une boîte vitrée) qui serait plus approprié dans un « outlet » de la banlieue, représente déjà un affront à l’harmonie de l’architecture du Parc olympique auquel il fallait pallier. L’identité de ce lieu est déjà suffisamment fragmentée, un objet architectural faisant un pont identitaire entre les différentes infrastructures était souhaité, non une construction dont l’allure fracture davantage le paysage de ce quadrilatère. Selon moi, le choix de l’aluminium nuit au travail de consolidation et de retissage dont le projet avait le mandat, une décision dévaluant l’implantation qui, du reste, était jusqu’alors impeccable.

ESP-4Panorama du Planétarium signé  Cardin, Ramirez & Julien en consortuium avec Aedifica (Source)

Outre panser la déchirure de l’esplanade, le grand discours derrière le premier concours, présent avec tout autant de vigueur dans celui lancé le 10 février dernier par Espace pour la vie, est celui de construire avec l’objectif de satisfaire à la certification LEED[2] platine. Je me demande, d’une part, ouvrir un concours international en imposant un menu et des règles liées à cette certification, n’est-ce pas un frein à la créativité étrangère dont nous souhaitons tant faire bénéficier ce projet? Dans le Programme sommaire[3] mis à disposition des participants, l’accent est mis sur la concordance du projet avec une vision de développement durable. Malheureusement, un faux lien y est établi entre le concept de développement durable et qu’est-ce que construire un bâtiment LEED. Je crois qu’il commencerait à être grand temps que soit démystifié le discours entourant LEED, mais à qui cette tâche? À quand une explication sur la vraie nature d’une architecture/un aménagement durable? Ce qui inclut préserver l’essence et l’identité d’un espace autant que de répondre aux besoins des usagers présents et futurs et, d’user de techniques écologiques. Tenir des propos avec autant d’éloquence sur le développement durable mais, d’un autre côté, ne pas connaître les enjeux de la certification LEED me semble contradictoire de la part d’un organisme tel qu’Espace pour la vie.

La vision d’intégration identitaire, tant dominante lors du concours du planétarium, est totalement absente de l’appel à projets actuel. Un coup d’œil au Programme sommaire ne nous réconforte en rien sur cet aspect, outre les règlementations urbaines des arrondissements et le statut d’« immeuble significatif » s’appliquant à l’ensemble du quadrilatère du Parc olympique, aucune recommandation claire ne s’y retrouve concernant l’identité du lieu. Et, lorsque nous regardons le nouveau planétarium, il va sans dire que l’application du statut « immeuble significatif » semble avoir ici un sens large. Néanmoins, je félicite la campagne de sollicitation citoyenne opérée par l’organisme, une démarche qui elle s’inscrit totalement dans une vision de développement durable. En décembre 2013 furent organisées des consultations publiques par Espace pour la vie pour entendre les besoins des citoyens du quartier, mais aussi du tout Montréal. C’est grâce à cette mobilisation qu’ils ont bonifié le cahier de charge du concours pour ainsi répondre aux désirs du plus grand nombre. Un tel processus devrait être salué et reconduit dans de futurs concours architecturaux.

Ce concours d’Espace pour la vie, légèrement menacé par un discours LEED, faussé par ce que nous souhaitons être une mésinformation de son administration sur les problèmes sous-tendant LEED, et une omission d’établir des balises pour la préservation de l’identité architecturale et historique de l’espace olympique, ce concours est sans conteste un pas en avant pour l’évolution de cette façon de faire au Québec. D’abord, par cette simple initiative de faire appel à la démarche ‘concours’ par l’organisme Espace pour la vie (et ce, pour une deuxième fois), mais aussi par la vision intégratrice et multidisciplinaire que requiert la reconstruction de tels types de bâtiments et, finalement, grâce à la mobilisation citoyenne opérée par l’organisme. Cet appel à la participation citoyenne est une première démarche de sensibilisation au processus de concours architecturaux s’adressant directement à la population. Espérons que ce soit le premier pas d’une marche féconde pour l’avènement d’architecture et d’aménagement durable au Québec.

_______

-RÉFÉRENCE

[1] Espace pour la vie. (2014, 10 février). Concours d’architecture d’Espace pour la vie : Trois grands projets pour le 375e anniversaire  de Montréal en 2017. [Communiqué]. Récupéré de http://espacepourlavie.ca/commmuniques/concours-darchitecture-despace-pour-la-vie

[2] Pour les lecteurs non-familiers avec LEED (Leadership in Energy and Environmental Design), voici un lien vers un article parut dans Le Devoir en mars 2013, qui vulgarise très bien les risques de s’en tenir qu’au LEED dans la réalisation d’un projet : http://www.ledevoir.com/economie/actualites-economiques/374060/la-certification-leed-un-frein-a-l-innovation

[3]Montréal – Ville UNESCO de design. (2014, 10 février). Concours d’architecture d’Espace pour la vie. Récupéré de http://mtlunescodesign.com/fr/projet/Concours-darchitecture-dEspace-pour-la-vie

Rédigé par Marie-Claude Plourde

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *