Malgré l’instabilité politique en Égypte et des problématiques urbaines amplifiées depuis la Révolution du 25 janvier 2011, plusieurs projets urbains se sont concrétisés grâce aux actions de la firme CLUSTER, guidée par des valeurs de justice et d’interdisciplinarité.

En plein centre-ville du Caire, du haut de l’atelier de CLUSTER, on peut observer le chaos du Caire : des voitures bruyantes, des chauffeurs impatients, des piétons intrépides, ainsi que la présence importante de vendeurs de rue. Il s’agit d’un endroit idéal pour la  firme CLUSTER, Cairo Lab for Urban Studies, Training and Environnemental Research, fondée en 2011, par Omar Nagati, architecte et urbaniste. Malgré l’instabilité politique en Égypte et des problématiques urbaines amplifiées depuis la Révolution du 25 janvier 2011, plusieurs projets urbains se sont concrétisés grâce aux actions de la firme, guidée par des valeurs de justice et d’interdisciplinarité. Aujourd’hui, l’atelier est animé par l’énergie vibrante d’une équipe en recherche constante de solutions pour améliorer leur ville qu’ils chérissent.

PHOTO 1Vue du haut de l’atelier CLUSTER au centre-ville du Caire[1]

L’économie du Caire est largement dirigée par ces vendeurs de rue que l’on aperçoit du haut de l’atelier. Ils représentent une portion significative, leur revenu étant estimé à près de la moitié des revenus domestiques non agricoles de la ville et diverses statistiques dénombrant entre 1.5 et 5 millions [2] de vendeurs de rue . L’instabilité des dernières années a engendré une prolifération de ce type de commerce informel dans pratiquement tous les quartiers. Les règles entourant l’emplacement de leurs kiosques étant très vagues, CLUSTER en a fait un de ses sujets de recherche. Tout d’abord, les vendeurs s’installent sur la rue en empiétant largement sur l’espace piétonnier, utilisant jusqu’à 64% de celui-ci, brouillant la limite entre le privé et le public. Cette situation soulève une question importante: Que peut-on alors considérer comme espace public? Grâce à un système de cartographie, La firme étudie ces aspects et réfléchit à un système organisationnel pour améliorer autant les conditions des vendeurs de rue que celles des passants.

PHOTO 2Vendeurs de rue au centre ville du Caire[3]

Depuis le milieu des années 1970, l’Égypte a subi plusieurs changements dans ses politiques économiques. Une économie de libre-marché a été instituée, où les transactions entre vendeurs et acheteurs sont déterminées par leur consentement mutuel, laissant les Égyptiens sans support de l’état. De ce contexte, des initiatives divergentes ont émergé: des constructions résidentielles informelles à haute densité, situées majoritairement sur des terres agricoles privées (correspondant à 70% des constructions résidentielles du Caire[4]) ainsi que l’implantation de quartiers exclusifs (souvent surveillés par des gardes de sécurité) à faible densité, dispersés, et plus éloignés du Caire et où l’automobile est reine de la vie quotidienne. Dans l’ouvrage «Archiving the city flux- Cairo’s shifting Urban landscape Since the January 25th Revolution[5]» publié en 2013 et disponible en ligne, Omar Nagati et Beth Stryker étudient et expliquent comment ces problématiques urbaines ont évolué depuis 2011. Des inégalités sont évidentes dans les formes urbaines, mais également dans les politiques publiques, accentuant le sentiment d’exclusion d’une vaste majorité de la population. Le travail de cartographie de CLUSTER a d’ailleurs répertorié non seulement les lieux de manifestations de cette population marginalisée, mais aussi leurs lieux de rencontre. Il a été noté qu’une grande partie des manifestations débutent à la jonction entre les quartiers formels et informels avant de migrer vers le centre de la ville. Les Égyptiens réclament ainsi leur droit à l’espace public. Il s’agit d’une période cruciale où la transformation de l’espace public est au cœur de grandes réflexions.

PHOTO 3Page couverture de l’ouvrage «Archiving the city in flux»[6]

Les recherches urbaines, les études cartographiques ainsi que les publications de CLUSTER sont inspirantes. Cela étant dit, la firme est également active dans sa communauté autant par le design de bâtiments que par l’organisation de divers ateliers, événements, cours théoriques et conférences. Les sujets traités par CLUSTER, tels que l’étude du système organisationnel des vendeurs de rue ainsi que l’étude des espaces publics dans le contexte d’économie de libre-marché, nous amène à requestionner la situation des espaces publics : Quelle place devrait être réservée aux vendeurs de rue? Quel rôle joue l’espace public lors des marches et manifestations? De quelle façon l’espace public peut rassembler les habitants de différents quartiers?

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SOURCES:

 

 

 

 

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rédigé par Véronique Lemay

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