Une « rencontre publique d’information » sur le réaménagement du Square Viger, mardi dernier, a permis de faire ressortir une variété de fortes oppositions au projet de démolition et de réaménagement de l’ilôt Daudelin du Square Viger. Toutes allaient dans le même sens : la volonté de la Ville de démolir et de dénaturer les œuvres de Charles Daudelin est déplacée, il faut d’abord envisager réellement l’adaptation d’Agora pour mettre en valeur cet espace d’art et d’architecture. Le projet de l’administration Coderre est une réponse excessive à un problème d’accessibilité, d’entretien et d’animation de l’espace public.
L’Agora a été conçu comme un environnement dynamique, animé par une œuvre d’art et comportant un marché et des boutiques. Or, on ne lui a toutefois jamais véritablement donné la chance de vivre. Mastodo, la fontaine monumentale, n’a fonctionné qu’un mois, et l’espace n’a que très rarement été animé. Le désengagement de la Ville de Montréal envers l’achèvement et le maintien de cet espace est la source même de cette démolition annoncée, pourtant évitable.
À l’occasion du lancement du Guide du Centre d’écologie urbaine de Montréal sur l’urbanisme participatif, les cofondateurs de Project for Public Space, Fred Kent et Kathy Madden, ont présenté de multiples exemples de réappropriation d’espaces publics, dont Bryant Park à New York. Entre 1970 et 1990, ce square faisait face aux mêmes problèmes de cohabitation avec des populations marginales. La Ville de New York ne l’a pas rasé pour autant! Une opération de dynamisation de l’espace, de corrections des aménagements et de reprogrammation des aires a suffi. Comme M. Kent et Mme Madden ont su si bien le démontrer, il s’agit de donner des opportunités d’activités dans l’espace public pour y susciter une réelle vie urbaine.
Un autre cas flagrant de revalorisation d’un espace public moderne malaimé est le récent réaménagement du Nathan Phillips Square, à Toronto. L’investissement de cette grande esplanade civique par un café, un restaurant, une esplanade au deuxième niveau et la consolidation des activités qui y avaient déjà trait ont permis de porter un nouveau regard sur l’aménagement, véritable cœur de la ville.
Montréal devrait s’inspirer de ces exemples. Il vaudrait le coup d’essayer réellement d’animer et d’adapter le square avant d’y investir 28,3 millions dans une tabula rasa vide et austère. Pourquoi ne pas utiliser cette somme autrement, incluant des ajustements du square existant? La réponse aux problèmes du square se trouve pourtant à quelques pas, à la Place Émilie-Gamelin, où l’œuvre-fontaine de Melvin Charney, restaurée il y a quelques années, côtoie un effort d’animation urbaine digne de ce nom.
La Ville doit offrir aux Montréalais une raison de fréquenter cet espace. Pour ce faire, elle gagnerait à revenir aux principes du concept originel, qui intégrait des boutiques, des cafés et un marché. Le square Viger a besoin d’être accessible, entretenu, réhabilité et animé au quotidien pour devenir un espace public de qualité. Les résidents et travailleurs du CHUM, du Vieux-Montréal et du Quartier latin, de même que les populations marginales du secteur, en bénéficieraient grandement. La proposition de réaménagement de la Ville de Montréal, telle que mise de l’avant en ce moment par M. Richard Bergeron, ne fait que nier le potentiel d’animation urbaine et le fort intérêt patrimonial que le square possède.
Avec un minimum d’ajustement du design, Le square Viger remplirait ses fonctions d’espace public animé et de qualité. Avec un peu de bonne volonté, les élus et les professionnels de l’aménagement sauront réhabiliter et dynamiser cet espace dans le respect du concept artistique et de ses valeurs patrimoniales. Pour une fraction du couteux design proposé par la Ville, il pourrait finalement devenir ce pourquoi il a été conçu, tout en célébrant une symbiose entre l’art, l’architecture, l’ingénierie et la vie urbaine si rare de nos jours.
Rédigé par:David Murray, architecte paysagiste et consultant en patrimoine, Olivier Roy-Baillargeon, doctorant en aménagement à l’Université de Montréal, Karine Dumouchel, consultante en patrimoine, Pascal Forget, architecte.

 

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