Les années 60 à Montréal sont synonyme de bouleversements sociaux, urbanistiques et architecturaux. C’est dans ce contexte que de grands travaux de rénovation urbaines ont eu lieu, la ville industrielle du 19e siècle ne répondant plus ni aux ambitions de ses dirigeants ni aux besoins de sa population.
Jean Drapeau, alors maire de Montréal, désire doter sa ville de symboles témoignant du progrès technique, de la modernité ainsi que de l’internationalisation propre aux métropoles et aux civilisations du 20e siècle. Si le métro et les autoroutes sur pilotis symbolisent la maîtrise des avancées technologiques, le projet de construction de la Place des Arts (PDA) révèle les ambitions de rayonnement culturel du maire. Faisant partie d’une collection de projets d’envergure que Jean Drapeau qualifie de « poème de béton » (Illien, 1999), la PDA incarne habilement les ambitions et réalisations de l’ère des rénovations urbaines.
Au début des années 50, le secteur compris entre les rues de Bleury et Saint-Urbain fait l’objet d’études visant à « moderniser » son tissu urbain selon les principes fonctionnalistes et rationalistes. On y propose un plan d’aménagement nord-sud à caractère institutionnel à l’image de celui réalisé sur l’avenue McGill Collège dont la construction de la Place Ville-Marie donne le ton à l’ère des projets de composition urbaine à « échelle mégastructurelle » (Lortie, 2004).
Prétextant l’insalubrité résidentielle et la vétusté urbaine, la ville procède aux démolitions massives. Elle récupère ainsi l’îlot entre les rues Jeanne-Mance, Saint-Urbain, Sainte-Catherine et le boulevard de Maisonneuve pour y implanter et inaugurer en 1963 la grande salle de spectacle Wilfrid-Pelletier, capable d’accommoder des évènements de renommée internationale.
Véritable mégastructure, la PDA est aujourd’hui composée de quatre éléments architecturaux disposés sur une dalle de béton, soit la salle Wilfrid-Pelletier, le théâtre Maisonneuve, le Musée d’Art Contemporain ainsi que l’Adresse Symphonique de Montréal. Propre aux réalisations du courant moderne, la dalle de béton crée un effet de mise en scène grâce à la surélévation des éléments bâtis de la PDA disposant ceux-ci selon une logique monumentale qui trouve racine dans les compostions urbaines néoclassiques (Ellin, 1999). L’esplanade, espace extérieur résiduel résultant de cette surélévation, sert de lieu public et de contemplation urbaine.
L’expression physique de la PDA témoigne également des principes de composition élaborés lors des Congrès d’Architecture Moderne (CIAM) « […] tant elle est symbolique de l’ultime conquête à laquelle ils aspirent, celle du cœur de la ville […] » (Lortie, 2004; 101). La configuration sur dalle permet la ségrégation fonctionnelle des circulations piétonnes ainsi que véhiculaires tout en proposant un système de déplacement vertical reliant le métro faisant partie du réseau de transport en commun à l’esplanade en passant par une galerie commerciale souterraine.
Malheureusement, il semble que le délaissement et la dégradation du domaine public extérieur soient les seuls legs de la dalle de béton et la verticalité fonctionnelle moderniste. Le face-lift urbain que propose le projet du Quartier des Spectacles saura-t-il remédier aux maux résultant du progrès irréfléchi de l’ère des rénovations urbaines ?
 Rédigé par : Guillaume Delisle
 Article initiallement publié en 2011 sur : http://dumontreal.blogspot.ca/
 BIBLIOGRAPHIEBARBIERI, Olivo; COHEN, Jean-Louis; FOURNIER, Marcel;LORTIE, André; SORKIN, Michael. Les années 60 : Montréal voit grand.
Centre Canadien d’Architecture, Montréal, 2004, 205 pages.

ILLIEN, Gildas. La Place des Arts et la révolution tranquille : les fonctions
politiques d’un centre culturel
. Éditions de l’IQRC, 1999, Sainte-Foy, Québec,
151 pages.

ELLIN, Nan. Postmodern Urbanism: revised edition. Princeton architectural press, New York, 1999, 392 pages.

BENEVOLO, Leonardo. Histoire de l’architecture moderne, tome 3: Les conflits et l’après-guerre. Traduit de l’italien par Vera et Jacques VICARI, Dunod, Paris, 1999, 310 pages.

Conseil du patrimoine de Montréal. 2008. Avis du Conseil du patrimoine de
Montréal : Programme particulier d’urbanisme Quartier des spectacles – Secteur
Place des Arts. En ligne :  http://ville.montreal.qc.ca/pls/portal/docs/PAGE/CONSEIL_PATRIMOINE_
MTL_FR/MEDIA/DOCUMENTS/A08-VM-04.PDF (page consultée en février 2011)

Ville de Montréal. 2007. Programme particulier d’urbanisme : Quartier des
spectacles, secteur Place des Arts. En ligne :  http://ville.montreal.qc.ca/pls/portal/docs/PAGE/ARR_VM_FR/MEDIA/
DOCUMENTS/PPU-QU

ARTIER-DES-SPECTACLES.PDF (page consultée en février 2011)

Spacing Montreal. En ligne: http://spacingmontreal.ca/ (pages consultées en février 2011)

Ville de Montréal. En ligne : http://ville.montreal.qc.ca/ (pages consultées en février 2011)

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *