La saison hivernale est un bon prétexte pour visiter la ville vêtue de son beau manteau blanc, et de parcourir les lieux de toutes les manières possibles.
Les parcours
Les initiatives de parcours urbains suscitent un intérêt grandissant auprès des citoyens et des organisations, et gagnent de plus en plus de terrain. Dans cette tendance, on a vu naître ces dernières années diverses formes de parcours urbains dans plusieurs villes du monde. Par exemple Les Promenades de Jane (1) sont connues à travers le monde et, à Montréal, ont lieu une fois par an en mai. Cette approche témoigne bien de l’engouement pour la (re)découverte d’un quartier, et devient également un bassin d’échanges pour chercher des solutions afin d’améliorer et de développer l’environnement urbain. Le Centre d’Histoire de Montréal a également conçu un autre type de parcours en offrant une expérience de baladodiffusion portant sur les quartiers disparus (2).
Récemment, une autre forme de parcours s’est fait remarquer à plus petite échelle. C’est le cas du projet de Parcours géopoétique, lancé en 2015 dans le quartier Saint-Michel, porté par Euréka Art et dialogue interculturel. On y propose une formule de « déambulation exploratoire » en deux temps. Soutenu par un réseau d’intervenants locaux, le projet de parcours est d’abord conçu collectivement avec les aînés et les artistes du quartier. Par la suite, toute personne curieuse d’en savoir davantage sur le quartier Saint-Michel est invitée à marcher et à visionner en ligne les œuvres léguées (3).
À l’instar des autres parcours, celui de Saint-Michel offre entre autres aux promeneurs urbains de lire le paysage sous un angle différent, ce qui s’avère être un apport considérable quant à la revalorisation d’un milieu urbain. Ce type de parcours constitue un potentiel de requalification, en renforçant un sentiment d’appropriation. Le parcours de Saint-Michel se distingue par la notion de la géopoétique, qui arrime les dimensions spatiale et artistique autour de la promenade. Lors de la conception de cette Géopoétisation, on a proposé en plus aux acteurs, en l’occurrence les aînés, d’exprimer leur vision du territoire en exploitant plusieurs langages. Sculpture, écriture, récit, chanson et photographie composent une poésie à parcourir.
Le projet est le fruit d’une série d’ateliers animés par des artistes et des aînés qui ont pris part à la prise de parole entourant leur rapport au quartier. L’exercice vise de mettre en place un parcours créatif et collectif, gage d’un processus participatif. En tout temps, le balado-découverte (4) permet de vivre l’expérience du parcours sur le site ou chez soi.
Le quartier
La conception ainsi que l’animation du parcours mettent en avant-plan certaines caractéristiques particulières du quartier.
 Photo CDK
Crédit photo et bannière : CKD
Le quartier est bordé à l’est par l’arrondissement St-Léonard et à l’ouest par Ahuntsic – Cartierville. Morcelée par les anciennes carrières et l’autoroute métropolitaine, l’accessibilité à l’intérieur du quartier relève du défi, d’autant plus que le phénomène d’îlots de chaleur est bien présent et accentué par le manque d’espaces verts. Malgré cela, le secteur Saint-Michel regorge de trésors visibles et moins visibles : ruelles atypiques, commerces variés, marché aux puces et toutes sortes de petites « oasis ». À ce fait, le regard que l’on porte sur notre environnement construit est tributaire de notre expérience du parcours urbain. De plus, Saint-Michel est un des quartiers montréalais soumis à une revitalisation urbaine intégrée.
Les résidents
La population michelloise est jeune par rapport à celle de Montréal (3). On compte également dans le quartier plusieurs familles avec enfant(s). En revanche, un grand nombre de cette population habitent le quartier depuis plusieurs décennies, et près d’une personne âgée de 65 et plus sur trois (28%) vie seule. Ce sont les connaissances et les diverses expériences des habitants de « longue date » que le projet tente de mettre en valeur afin qu’en bénéficie l’ensemble de la population, et particulièrement les jeunes. À partir de ce portrait, on retrouve deux éléments prépondérants dans le parcours : le combat contre l’isolement et le partage du savoir. Le rôle joué par les résidents aînés appelés à collaborer dans cette aventure Géopoétique est fondé sur le potentiel de riches souvenirs et de transmission des connaissances du milieu urbain, tel que son histoire.
Un projet collectif, participatif et productif
Le projet de parcours Géopoétique est de nature collective et participative. Il illustre bien les questions de productions sociale et culturelle, essentielles à la régénération urbaine du quartier. D’abord, la production sociale que nous repérons dans ce projet se définit par l’occasion de faire connaître le quartier ainsi que les acteurs sociaux qui en sont à l’origine. Le parcours est un moyen de transmettre les savoirs en voyageant à travers différentes zones du quartier. Ensuite, la production culturelle fait sens lorsqu’il y a des « activités contribuant à l’identité, à la constitution de mémoires collectives, aux représentations de la collectivité par rapport aux grands enjeux collectifs » (4), qui touchent notamment l’accessibilité et la solidarité. Le projet produit sur le plan culturel un événement collectif favorisant le lien social. Par ailleurs, il permet aux citoyens de représenter à plus grande échelle une image collective forte.
Photo Chantal Bergeron
Crédit photo : Chantal Bergeron
 
Du chemin parcouru
La variété des formes de parcours urbains est un prétexte de plus pour sortir prendre une bonne bouffée d’air frais. Que le parcours soit animé, en groupe, dans un espace-temps déterminé ou qu’il soit à télécharger, il veille à transmettre les connaissances sur la Cité, en plus d’offrir de vivre un moment simplement agréable. Il reste encore de nombreux quartiers qui méritent qu’on les découvre à travers les lunettes de ceux qui les habitent.
Le cas du parcours de Saint-Michel se distingue par son côté poétique qui a réuni les aînés et les artistes pour donner vie au projet. Ce que l’on retient d’une part est la contribution d’une vision qui surpasse les problématiques sociales et urbaines du quartier. D’autre part, leurs productions sociale et symbolique qui en découlent sont essentielles à la régénération urbaine.
Rédigé par : Carolyn Kelly Dorais, designer urbain, M.Sc.A
Candidate à la maitrise en études urbaines
INRS – Urbanisation culture société
Références
1. http://www.ecologieurbaine.net/fr/activites-et-projets/projets/amenagement-et-transport-actif/item/ 62-promenades-de-jane
2. http://ville.montreal.qc.ca/portal/page?_pageid=8757,129587576 &_dad=portal&_schema=PORTAL
3. https://www.youtube.com/watch?v=JO4ZOgbHJ3s
4. http://baladodecouverte.com/circuits/565/parcours-geopoetique-saint-michel
5. http://www.vivre-saint-michel.org/le-quartier-saint-michel/portrait-du-quartier/ (page consultée le 2 avril 2015)
6. Declève, Bernard; Rosanna Forray. 2004. Arbres à palabres:Pratiques européennes de participation citoyenne aux politiques de régénération urbain. Belgique: Presses universitaires de Louvain.

 

Une réponse à “Projet de parcours géopoétique dans le quartier Saint-Michel : des aînés DANS la production du quartier”

  1. Sandra dit :

    Hi Saloma,I coldun’t agree more with your bottom line “go for it and go all out”. Nothing comes easy, go for it, you probaly will make some mistakes, take them as a learning experience and keep moving.Take care and cheers.

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