Fermez vos yeux pendant 1 minute : pensez à une ville du futur.
Qu’imaginez-vous ?

Je ne sais pas si vous êtes du même avis que moi, j’ai longtemps perçu une ville très dense, dans les tonalités de gris et bleu foncé, avec des immeubles en hauteur à perte de vue, sale et polluée. Une ville où les rayons de soleil se font rares, les piétons et la verdure aussi. On s’y promène en voitures volantes à travers une ambiance plutôt mélo-dramatique et on y vit en hauteur. Bienvenue dans les décors du film Blade Runner, en direct des Studios hollywoodiens, dans les années 1980.

Adaptation du roman Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques? de Philip K. Dick (1968), Blade Runner a non seulement marqué l’histoire du cinéma, mais également l’imaginaire collectif de notre Urbanité. Le film prend place dans un Los Angeles projeté en 2019, lugubre et toujours pluvieux, où des policiers humains tentent de pourchasser des réplicants (androïdes) qui ont été créés à l’image de l’homme. Dans cette ville cyberpunk1 (une combinaison des mots «cybernétique» et «punk»), la faune a presque entièrement disparue, et les humains sont invités à migrer vers d’autres planètes.

«Le cinéma substitue à notre regard un monde qui s’accorde à nos désirs» – Jean-Luc Godard, en ouverture du film Mépris.

Inventé par les Frères Lumière au début du 20e siècle, le cinéma est né pendant une période charnière de l’Histoire : la deuxième période de la révolution industrielle et l’urbanisation des villes. Dès les débuts, les cinéastes se sont rapidement tourné vers la ville pour représenter ses rues et ses espaces publics : l’urbanité en mouvement. En seulement 24 images par seconde, le cinéma a cette capacité unique de nous transporter dans un autre espace-temps, de nous faire voyager, rêver. Mais nous fait-il rêver d’un monde meilleur ? Pas vraiment !

En effet, les films d’anticipation ou de science-fiction ont été grandement inspirés du progrès technologique au cours de ce siècle, que ce soit l’avènement de l’automobile, les premiers gratte-ciels ou la présence accrue de la technologie, pour en faire une extrapolation très contrastée et plutôt noire la plupart du temps. L’histoire de Metropolis (1927) par exemple, inspirée de la ville futuriste Città Nuova de l’italien Antonio Sant’Elia, se déroule dans une mégalopole en 2026 où les voitures circulent par des passages en hauteur entre les immeubles et où les piétons sont une rareté. Cette société dystopique présente une ville ségréguée où les familles intellectuelles puissantes vivent en hauteur dans le luxe et l’abondance, alors que les ouvriers opprimés habitent au bas des tours. Le film est également inspiré des premiers gratteciels de la ville de New York : «Les immeubles semblaient être comme un voile vertical, scintillant et très léger, comme un décor luxueux, suspendu dans un ciel sombre pour éblouir, distraire et hypnotiser » affirmait le réalisateur Fritz Lang, lors de la sortie du film, en 1927).

Ainsi, le cinéma de science-fiction ou d’anticipation présente souvent une vision noire et sombre de l’avenir de notre humanité, aussi appelée dystopie. Le cinéma est le miroir de notre société et de notre avenir, il reflète nos peurs et nos espoirs d’une certaine époque, raconte Olivier Mongin auteur de «La Ville des flux». Le film Soleil Vert (1973) en est un bon exemple : en 2022, les humains privés de toutes ressources naturelles, peuvent seulement survivent grâce aux aliments synthétiques fabriqués par la compagnie Soylent Green (Soleil Vert). La ville de New York est présentée comme étant surpeuplée, sale, polluée et congestionnée à toute heure de la journée. Il est intéressant de remarquer que la plupart des dystopies présentent une extrapolation sans limite des problématiques actuelles : pollution, congestion routière et densification en hauteur y sont des thèmes assez récurrents.

Ainsi, plusieurs films ont contribué à alimenter notre imaginaire urbain, à influencer notre construction et conception de l’espace, de même que notre expérience vécue. Pour les films d’anticipation à venir, pourquoi ne pas tendre vers une utopie plutôt qu’une dystopie ? Histoire de rêver collectivement en images en mouvement, un avenir plus positif, plus durable sur le grand écran !

Rédigé par : Nancy Dubeau
Designer urbain

Voici quelques films de science-fiction, qui expriment une vision marquée de la ville :

MetropolisMetropolis (1927) de Fritz Lang
Année et ville non définies.
Ville futuriste davantage verticale qu’horizontale.
Rapports sociaux : les riches vivent en hauteur, et les pauvres vivent au pieds des gratte-ciels.
Décor inspiré de la ville de New York, au début des années 1920.
Lien youtube : https://www.youtube.com/watch?v=rGgon2YeISw

soylent greenSoleil Vert (1973) de Richard Fleischer
2020. New York City.
Ville saturée par la pollution et la surpopulation. Conditions de vie quasi impossibles.
Étalement urbain non maîtrisé.
Lien youtube (bande-annonce) : https://www.youtube.com/watch?v=LozJSTjrvek

Blade_Runner rogéBlade Runner (1982) de Ridley Scott
2019. Los Angeles.
Tours imposantes sillonnées par des réseaux de circulation qui n’en finissent plus. Les plus hauts dirigeants vivent en hauteur, alors que le reste de la population s’entassent au sein de quartiers populaires, pauvres et pollués, au bas des tours.
Lien youtube (bande-annonce) : https://www.youtube.com/watch?v=eogpIG53Cis

BacktotheFutureTrilogie de Retour vers le futur (1985, 1989, 1990) de Bob Gale et Robert Zemeckis
Hill Valley (ville fictive), à plusieurs époques : 1955, 1985 et 2015.
Un adolescent Marty McFly voyage avec le fameux Doc, à travers sa voiture volante DeLorean, laquelle est propulsée par….des peaux de bananes ! Au point de vue urbanistique, il est intéressant de remarquer que le square de la ville se transforme selon les aspirations de l’époque : en 1955, le square est verdoyant et agit à titre de parc central de la ville face à l’Hôtel de Ville; alors qu’en 1985, celui-ci est transformé en stationnement pour voitures.
Heureusement, la projection imaginée en 2015 propose une jolie revitalisation urbaine, où les arbres et les sentiers pédestres ont enfin repris vie !
Lien youtube : https://www.youtube.com/watch?v=qvsgGtivCgs

728_fifth-elementLe cinquième élément (1997) de Luc Besson
2270. Ville non définie.
On s’y promène en voiture volante, d’un immeuble à un autre, en passant par le McDo au Xe étage d’un immeuble ! La ville en hauteur domine, sans l’ombre d’un arbre. Décor fortement inspiré de Blade Runner et Métropolis.
Lien youtube (bande-annonce) : https://www.youtube.com/watch?v=7rzmiE-pESk

dark-city-15Cité obscure (1998) de Alex Proyas
Année et ville non définies.
«Où l’humanité n’a pas de future, et l’homme n’a pas de passé». Voici les sous-titres de la bande-annonce du film Cité obscure. Un décor sombre et lugubre, où le soleil n’est plus, inspiré des metteurs en scène du mouvement expressionniste allemand (dont Fritz Lang fait partie). Le titre aurait été inspiré des fameuses bandes dessinées Cités Obscures (un petit bijou pour les urbanistes et architectes!)
Lien youtube (bande-annonce) : https://www.youtube.com/watch?v=jSpowoKqSzc

20462046 (2004) de Wong Kar Wai
2046. Hong Kong.
Un écrivain de science-fiction s’aventure au sein d’un lieu imaginaire, Hong Kong en 2046, lieu dont on ne revient jamais. Une ville toujours en hauteur, mais où les personnages empruntent un métro qui en ferait rêver plus d’un ! Un de mes coups de cœur cinématographique.
Lien youtube (bande-annonce) : https://www.youtube.com/watch?v=0G483cyb5qc

WALL-E_skylineWall – E (2008) de Andrew Stenton (Walt Disney Pictures)
2805 (Ville indéfinie)
Wall-E est conçu pour nettoyer la Terre, étant donné que celle-ci est complètement submergée par ses déchets suite à la surconsommation des humains.
Lien youtube (bande-annonce) : https://www.youtube.com/watch?v=Smucci4Ds1U

 Notes :

1 – Genre de la science-fiction très apparenté à la dystopie et à la hard science-fiction. Il met souvent en scène un futur proche, avec une société technologiquement avancée (notamment pour les technologies de l’information et la cybernétique). (Source : Wikipédia)

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